I
n t e r v i e w
A r n a u d P L A I S A N T
«
L’ascension d’un champion »
Par
Gilbert GIRARD
Le Monde du Muscle N°247 / Octobre 2004
Photos Studio-Arnaudb.com
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Le Monde du Muscle est allé
jusqu’à Mougins dans les Alpes-Maritimes
à la rencontre du grand champion M. Arnaud PLAISANT. Nous
lui consacrons la couverture de ce numéro, ce qui nous
semble la moindre des choses pour un champion de cette envergure qui
porte bien son nom. Ses fans attendaient ce grand moment, nous
espérons qu’ils seront comblés.
Arnaud nous parle non pas de ses entraînements, puisque cela à déjà été fait dans une interview de Jean TEXIER de notre n° 230 de mars 2003, mais plutôt du bodybuilding professionnel dont il fait désormais partie. Il nous explique ses joies et ses espoirs, tout en restant les pieds sur terre car il sait bien que tout n’a qu’un temps. |
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A.P. :
« Déjà, avant tout, je me
préparerai cette année pour LONDRES et le Grand
Prix d’AMSTERDAM. En tant que professionnel, je dois dire que
la compétition de LONDRES est la plus belle que
j’ai faite. L’organisation est vraiment un exemple.
C’est très agréable de participer
à cette compétition, quel que soit le classement
obtenu. Au niveau du jugement, c’est pareil. Tout le monde le
sais, les jugements des compétitions professionnelles sont
souvent fait en fonction de la médiatisation des
athlètes, dans un premier lieu, mais aussi la condition
physique, parce que, si on n’est pas en forme, on
n’est pas classé, mais surtout au bon vouloir des
juges. Malheureusement, chez les professionnels, c’est un peu
plus … Business que chez les amateurs.
Ce que je tiens à dire, c’est que c’est difficile pour nous, professionnels Français, parce que nous n’avons pas de sponsors. On est donc obligé de trouver des moyens pour gagner de l’argent en faisant des démonstrations et des séminaires, ce qui n’est pas évident, parce que beaucoup de personnes ne respectent pas la hiérarchie des athlètes. |
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Les
athlètes ayant un certain niveau demandent une certaine
somme pour une démo ou un séminaire, ce qui est
normal, alors que d’autres se bradent pour gagner trois ou
quatre sous, et ils cassent le marché. Ils n’ont
pas compris qu’ils fallait que chacun soit à sa
place.
Bien sûr, plus l’athlète est de haut niveau, et plus il doit être présentable sur scène. Il doit apporter quelque chose aux gens qui viennent voir, parce qu’aujourd’hui, le body est en phase de se rouvrir au grand public. Il faut donc profiter de cette occasion pour faire apprécier au public autre chose que des muscles. Ce n’est pas que ça, il y a également le côté artistique. Le posing est très important, et il faut donner quelque chose à voir. Le culturisme est sali depuis des années. On nous a toujours pris pour des bœufs, pour des gens qui n’ont rien dans la tête et qui ne savent que poser. Or, aujourd’hui, ce n’est pas vrai. Nous savons faire autre chose. Nous savons montrer notre physique, tout en étant harmonieux, et gracieux. Il faut que ça se travaille, c’est comme l’entraînement, et j’insiste beaucoup sur ce point. Il faudrait que les athlètes fassent un peu plus d’effort dur leur présentation, dans leur posing, afin de se démarquer des professionnels américains qui, on peut le constater, sont nuls dans leur évolution chorégraphique. Certains ont un nom dans notre milieu, alors ils se contentent d’être là, tout simplement, et parfois, ça fait plutôt foire aux bestiaux. Bientôt on va leur mettre une laisse pour les faire défiler, et ensuite les sortir de scène. C’est pas ça du tout. Les athlètes qui ont fait de très belles prestations ont marqué à vie ceux qui les ont vu. Je citerai Francis BENFATTO qui pour moi a toujours été un exemple au niveau du posing, de l’esthétisme et qui le restera. |
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Ce sont
souvent des petits gabarits qui sont les meilleurs, dans la
façon de poser, parce que les gros, pour les trois quarts
sont des bourrins. Ils ne savent pas poser, ils sont
essoufflés, mais c’est comme tout,
l’endurance ça se travaille, et on peut
être gros, monter sur scène sans être
essoufflé et en redescendre sans être à
genoux prêt à mourir. C’est avant tout
un sport de forme. Donc, si on ne représente pas la forme
… on arrête, on fait autre chose.
La première chose, pour moi, est que le body reste une passion. Je ne veux pas gâcher ce plaisir de me préparer, et de faire des compétitions en me disant « je veux à tout prix me préparer pour Olympia et le gagner » au détriment du reste, c’est à dire de tout ce qui va à côté, de la famille à mon entourage. Mon objectif est de toujours avancer dans les compétitions, de me faire connaître par les médias et de rester moi-même, de créer mon propre personnage et de contribuer à démocratiser le bodybuilding. Mon objectif principal, c’est ça. Si un jour j’ai l’occasion de me qualifier pour Olympia ce serait merveilleux, parce que c’est le rêve de tous les athlètes, sinon je ne serai pas professionnel, ça ne servirait à rien. Si ce n’est pas le cas, je trouverai une autre voie qui me permettra de m’exprimer en tant que professionnel. » |
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G.G.
: Le soutien de l’entourage et de la famille c’est
très important surtout à ton niveau. Certains
champions américains prétendent faire passer le
body avant tout.
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A.P. : «
Oui, certains américains… et ce ne sont pas les
premiers. Si tu regardes bien les interviews dans les magazines, si tu
les vois dans les compétitions, les premiers, les plus
grands, sont toujours très entourés, ils sont
toujours avec leur femme, ils ont tous une vie très
équilibrée. Dans ce sport, on sait bien que
c’est très dur et que dans les
dernières semaines on est tendus et stressés,
surtout chez les pros et les dix premiers parce qu’il y a des
enjeux financiers, et que l’entourage familial est
très important. Mais il faut aussi que
l’athlète assume ce qu’il fait. On a
choisi le body, on s’y est engagé, et on
n’a pas à faire porter nos souffrances
psychologiques du régime et du stress aux personnes qui
vivent autour de nous. On peut constater aujourd’hui, que
beaucoup de culturistes se retrouvent seuls à cause de
ça. Ils sont trop dans leur sport, et ils oublient
qu’avant tout c’est le côté
psychologique qui est le plus fort. Lorsqu’on est bien dans
sa tête, on s’entraîne bien. Etre bien
dans sa tête, c’est aussi être bien avec
les gens qui nous entourent. »
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G.G.
: Il faut aussi savoir s’évader de ce milieu de
l’entraînement et de la compète.
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A.P. : «
Voilà, il faut savoir décompresser, il faut
savoir arrêter, savoir prendre des vacances et se dire que
pendant 15 jours on ne s’entraîne pas et on ne
surveille pas sa diète, parce qu’il faut aussi
vivre. Il ne faut pas oublier qu’à côte
il y a une vie, et que le body c’est avant tout une passion,
surtout en France. Aux Etats-Unis, c’est différent
parce qu’on peut gagner très bien sa vie avec
ça. En France et en Europe ce n’est pas le cas, il
faut que ça reste une passion. Même en restant une
passion on peut avancer, j’en suis la preuve, puisque je
viens d’apprendre par le magazine MUSCLE MAG, que je suis le
premier Français classé chez les professionnels,
ce qui prouve que sans investir 100% de ma vie dans ce sport
j’arrive à avancer tout doucement à me
faire connaître, à rester moi-même sans
vouloir ressembler à un autre.
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C’est
important, parce que beaucoup de personnes disent ‘je
voudrais bien être comme lui !’. Mais personne ne
peut ressembler à un autre, chacun a sa
personnalité. C’est ce qui fait que nous restons
simples et abordables pour le public. Il faut que les gens
n’aient pas peur de venir nous rencontrer. Certains
athlètes ne sont pas très accessibles du fait
qu’ils sont peut-être timides. Mais bon, si on est
timide, on ne passe pas professionnel, parce qu’un pro doit
être ouvert à tous et être un showman,
offrir du spectacle. C’est la différence avec les
amateurs. Un bon amateur ne fera pas obligatoirement un bon pro. Je dis
ça aujourd’hui parce que je n’ai pas eu
ma carte pro comme les autres. Je ne suis pas passé par le
‘créneau’ des championnats du Monde,
mais directement en compétition internationale parce que je
correspondais aux ‘critères
professionnels’. J’ai été
souvent critiqué pour ça par des gens qui
n’ont jamais rien fait et qui ne feront jamais rien dans le
milieu. Aujourd’hui, j’ai bien prouvé
par les classements que j’ai bien ma place avec les
professionnels puisque je suis classé devant tous les autres
Français. Je ne dénigre pas les autres
athlètes pros Français parce que ce sont de
très bons athlètes et, pour moi, ce sont des amis
et ils le resteront. Je n’ai pas emprunté le
même circuit, et j’ai été
beaucoup critiqué, beaucoup
‘cassé’ pour ça.
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J’ai
29 ans, je pense que j’ai encore de l’avenir dans
le body et je vais faire en sorte de donner du plaisir aux gens et
avant tout de me faire plaisir. Le jour où je ne me ferai
plus plaisir, j’arrêterai. Il ne faut surtout pas
se prendre la tête, et ne se consacrer qu’au
bodybuilding. Il n’y a pas que ça dans la vie.
C’est un moteur de la vie pour certaines personnes, parce que
ça les sort de leur quotidien, mais j’insiste
là-dessus : Il n’y a pas que ça. Il ne
faut pas oublier qu’un jour on sera obligé
d’arrêter.
Beaucoup d’athlètes ont peur de vieillir, de ne plus faire de compétition et qu’on ne parle plus d’eux, parce que si aujourd’hui on en parle, demain ce sera au tour de quelqu’un d’autre. Ils souffrent de ça, et il faut s’y préparer. |
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Lorsque
nous arrêtons on ne nous regardera plus, et on dira :
‘tiens, c’était lui, il a vachement
maigri !’. Ce sera difficile aussi pour moi. Je ne dirai pas
que je sortirai de là tranquille en me disant que ma
carrière est terminée. J’aurai
certainement comme tout le monde un coup de blues, mais je
m’y prépare et je sais que ce sera comme
ça. Il faut accepter les choses comme elles sont.
Il faut désormais que j’apporte des informations me concernant pour les gens qui me suivent depuis des années. J’ai donc créé mon site internet par l’intermédiaire de personnes sui m’ont aidé, comme Vincent qui est mon manager et qui m’a mis en contact avec Claude GOURHANT, le créateur du site. Je tiens également à remercier Arnaud… qui a fait toutes les photos. Ils m’ont tous aidé bénévolement, et franchement je les remercie tous. |
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Je
profite de cet article pour remercier également Philippe
MANDREA qui dirige la salle dans laquelle je
m’entraîne, l’Universal Training de
Mougins, ainsi que sa petite famille qui m’ont
très bien accueilli. Grâce à eux
j’ai pu m’installer dans la région.
J’ai très peu d’amis, et ils en font partie. Je remercie aussi Valérie la femme avec qui je vis aujourd’hui qui m’a permis d’avoir un équilibre pour les dernières compétitions que j’ai faites et ou j’étais au meilleur de ma forme. » |
Reproduction intégrale du texte paru dans le Monde du Muscle N°247 du mois d'octobre 2004